Présentation

Alexandra Licha

artiste pluri-indisciplinaire

Être ni de là, ni d’ici. Toujours ailleurs.

Essayer de rentrer dans des cases. Ne pas y parvenir.

Y renoncer.

Décider d’être illégitime.

Échapper aux catégories, au métier. Faire ce que l’on fait depuis toujours, naturellement, dessiner, écrire, modeler, sculpter.

Apprendre à graver, à tisser, le faire instinctivement, renoncer, encore, à la virtuosité technique.

Être à l’écart. Dans la solitude et le silence. S’y sentir de mieux en mieux.

Se dissoudre dans la Nature.

Fabriquer des choses fragiles. Ne pas se prendre au sérieux même si l’art est aussi sérieux que la vie même.

Chercher La question essentielle.

Privilégier l’insolite, la surprise et l’expérimentation.

Chercher, par-delà la technique, la singularité, la sincérité, et l’intensité d’un langage qu’on se découvre.

Créer pour se parcourir (Michaux).

Aimer que l’art soit parfois sale et violent.

Aimer son humour grinçant.

Aimer qu’il fasse un peu rire et un peu peur (Dubuffet).

Qu’il déstabilise et ne rassure pas.

Être dans une colère joyeuse face à l’inhumanité grandissante de notre Humanité menacée.

Répondre, par l’œuvre d’art, à la mort partout à l’œuvre, à la certitude de l’anéantissement de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous aimons (Michel Tournier).

Aimer le compagnonnage avec le théâtre parce qu’on s’y crée une autre famille, et parce qu’enfin le visuel et le littéraire peuvent s’y lier intimement.

Aimer la gravure pour la cuvette profondément sculptée dans le papier épais et grenu par le bord coupant de la plaque de cuivre.

Aimer par dessus tout le gaufrage parce qu’il est une sculpture sur papier.

Aimer aussi l’art du graveur pour les noirs intenses comme les angoisses vécues de nuit.

Exorciser des obsessions en leur donnant une forme métaphorique.

Vivre au bord de la catastrophe (Monory).

Revendiquer le droit à l’état d’enfance et à l’état de confusion.

Mettre en forme des tensions pour qu’elles ne soient plus destructrices.

Exorciser des obsessions – l’organique, le féminin, le couple, la famille, la procréation, la filiation, la germination, l’œuf, les profondeurs de la psyché, la science du vivant, le mystère de la mort, l’infinie puissance de la nature.

Aimer d’abord le matériau, la sensibilité, la sensation, le contact, et le toucher, primitifs.

Ne pas accepter le cloisonnement.

Mêler des univers, revendiquer le «cross over », les « mixed media ».

Aller et venir entre ses origines – une famille d’artisans – et ses conquêtes – la recherche intellectuelle.

Retrouver l’absence de distinction originelle entre l’artiste et l’artisan.

Mêler son œuvre à sa vie comme la trame à la chaîne d’un tissu.

Y découvrir la surprise d’un texte qui s’écrit au rythme de la navette (« textus », tissu).

Pétrir la terre comme l’enfant pétrit une mère aimante et lui donner une forme vivante en retrouvant les origines. Aimer par dessus tout le moment magique ou déceptif mais toujours excitant de l’ouverture du four. En faire à chaque fois un matin de Noël.

Aimer le tissage, la poterie, l’art textile, parce que longtemps exclus du canon de l’art officiel, puisque féminins.

Aimer que les conventions se défassent et que l’art se réinvente chaque jour.

17 avril 2020

Presentation

Alexandra Licha

multi-undisciplinary artist

To be neither from there nor from here. Always somewhere else.

Trying to fit into boxes. Not succeeding.

Giving up.

Deciding to be illegitimate.

Escaping from categories, from the profession. Doing what you’ve always done, naturally, drawing, writing, modeling, sculpting.

To learn to engrave, to weave, to do it instinctively, to renounce, again, technical virtuosity.

Being on the sidelines. In solitude and silence. Feeling better and better.

To dissolve in Nature.

To make fragile things. Not taking oneself seriously even if art is as serious as life itself.

To seek The essential question.

To privilege the unusual, the surprise and the experimentation.

To seek, beyond the technique, the singularity, the sincerity, and the intensity of a language which one discovers oneself.

To create in order to explore ourselves (Michaux).

To like that art is sometimes dirty and violent.

To love its squeaky humor.

To like that it makes one laugh a little and a little afraid (Dubuffet).

That it destabilizes and does not reassure.

To be in a joyful anger in front of the growing inhumanity of our threatened Humanity.

To respond, through the work of art, to death everywhere at work, to the certainty of the annihilation of all that we are and all that we love (Michel Tournier).

To love the companionship with the theater because we create another family there, and because finally the visual and the literary can be intimately linked to it.

To love the engraving for the bowl deeply carved in the thick paper and grained by the cutting edge of the copper plate.

To love above all the embossing because it is a sculpture on paper.

To love also the art of the engraver for the intense blacks like the anguishes experienced at night.

To exorcise obsessions by giving them a metaphorical form.

To live on the verge of catastrophe (Monory).

Claiming the right to the state of childhood and the state of confusion.

To shape tensions so that they are no longer destructive.

To exorcise obsessions – the organic, the feminine, the couple, the family, procreation, filiation, germination, the egg, the depths of the psyche, the science of the living, the mystery of death, the infinite power of nature.

To love first of all the material, the sensitivity, the sensation, the contact, and the touch, primitive.

Do not accept compartmentalization.

To mix universes, to claim the “cross over”, the “mixed media”.

To come and go between its origins – a family of craftsmen – and its conquests – intellectual research.

To rediscover the absence of the original distinction between the artist and the craftsman.

To mix his work with his life like the weft in the warp of a fabric.

To discover the surprise of a text written to the rhythm of the shuttle (“textus”, fabric).

To knead the earth as a child kneads a loving mother and give it a living form by finding its origins. To love above all the magical or deceptive but always exciting moment of the opening of the oven. Make it every time on Christmas morning.

To love weaving, pottery, textile art, because for a long time excluded from the canon of official art, since they are feminine.

To love that conventions break down and that art reinvents itself every day.

April 17, 2020